Né à Francfort-sur-le-Main le 28 août 1749, GOETHE a écrit en 1883 " LE TRAITE DES COULEURS" (Die Farbenlehre) à partir duquel nous avons extrait le passage suivant :

Cette opposition à la perception de Newton, quoique très polémique, n'a pour but de révéler que la couleur est aussi un phénomène psychologique qui doit être pris en compte lorsque nous voulons le comprendre.

 

Wolfang GOETHE, Le Traité des couleurs, trad. Franç., Triades, Paris, 1973 : «  La couleur tient dans la série des phénomènes naturels primordiaux une place éminente, du fait que, dans le domaine simple qui lui est assigné, elle se déploie avec une variété incontestable. Nous ne serons pas surpris des effets qu’elle exerce sur l’œil, auquel elle est vouée par excellence – et par l’intermédiaire de l’œil sur la sensibilité dans les manifestations élémentaires les plus générales, sans que la substance ou la forme d’une objet à la surface duquel nous la percevons y soit pour quelque chose. Elle exerce, lorsqu’elle est seule, un effet spécifique, et en combinaison un effet d’une part harmonieux, d’autre part caractéristique, souvent aussi disharmonieux, mais toujours incontestable et important ; cet effet touche directement la nature morale. Ce pourquoi la couleur, en tant qu’élément de l’art, peut être utilisée et peut collaborer aux fins esthétiques les plus hautes.

En général, les humains éprouvent un grand bonheur à voir la couleur. L’œil a besoin d’elle, comme il a besoin de la lumière. Qu’on se rappelle ici le réconfort ressenti lorsqu’un jour gris le soleil vient à briller en un point du paysage et y rend les couleurs visibles. On a attribué aux pierres précieuses colorées des effets thérapeutiques – peut-être en raison de ce sentiment profond d’indicible bien-être.

Les couleurs perçues sur les corps ne sont pas, comme on le pensait peut-être, une chose complètement étrangère à l’œil, en vertu de laquelle cette sensation lui serait en quelque sorte imposée. Non, l’organe lui-même est prédisposé à produire des couleurs ; et il éprouve une sensation agréable lorsque de l’extérieur quelque chose s’offre à lui qui correspond à sa nature, lorsque sa déterminabilité se trouve orientée dans une certaine direction.

De l’idée d’opposition incluse dans le phénomène, de la connaissance que nous avons acquise de ce qui détermine particulièrement cette opposition, nous pouvons déduire que les impressions colorées particulières ne peuvent être confondues, qu’elles exercent un effet spécifique et doivent provoquer dans l’organe vivant des états bien déterminés.

Il en va de même pour la sensibilité. L’expérience nous enseigne que les couleurs font naître des états d’âme particuliers. On raconte qu’un Français spirituel aurait dit, « que le ton de sa conversation avec Madame était changé depuis qu’elle avait changé en cramoisi le meuble de son cabinet qui était bleu ».

Pour qu’il éprouve parfaitement ces effets caractéristiques, il faut que l’œil soit entièrement environné par la couleur, par exemple dans une chambre monochrome ; ou bien il faut regarder à travers un verre coloré. On s’identifie alors avec la couleur ; elle crée l’unisson entre elle, l’œil et l’esprit.

Les couleurs de la zone Plus sont : jaune, jaune-rouge (orange), rouge-jaune (minium, cinabre). Elles nous inclinent vers l’animation, la vivacité, l’effort.

Jaune

C’est la couleur la plus proche de la lumière. Elle naît lorsque celle-ci est le moindrement adoucie, soit par des milieux troubles, soit par le faible reflet jeté par les surfaces blanches. Dans les expériences prismatiques, elle se répand largement dans l’espace lumineux et là lorsque les deux pôles sont encore séparés, avant qu’elle ne s’unisse au bleu pour donner le vert, elle peut être perçue dans sa plus belle pureté. Il a été amplement exposé au moment opportun comment le jaune chimique se développe sur le blanc et au-dessus de lui.

Dans sa pureté la plus grande, il porte toujours en lui la nature du clair et possède un caractère serein enjouement et de douce stimulation…

Bleu

Le jaune apporte toujours une lumière et l’on peut dire que de même, le bleu apporte toujours une ombre.

Cette couleur fait à l’œil une impression étrange et presque informulable. En tant que couleur, elle est énergie ; mais elle se trouve du côté négatif, et dans sa pureté la plus grande, elle est en quelque sorte un néant attirant. Il y a dans ce spectacle quelque chose de contradictoire entre l’excitation et le repos…

Rouge

A l’énoncé de ce terme, on éliminera tout ce qui, dans le rouge, pourrait donner l’impression du jaune ou du bleu. On imaginera un rouge absolument pur, un carmin parfait ayant séché sur une coupelle de porcelaine blanche. Pour sa noblesse, nous avons parfois appelé cette couleur « pourpre », bien que nous sachions que le pourpre des Anciens inclinait plutôt vers le côté bleu.

Qui connaît la formation prismatique du pourpre ne verra aucun paradoxe dans cette affirmation : cette couleur contient toutes les autres en partie actu, en partie potentia

Vert

Lorsqu’on combine le jaune et le bleu, que nous considérons comme les couleurs premières et les plus simples, dès qu’elles apparaissent, au premier stade de leur efficacité, on fait naître la couleur que nous appelons le vert.

Notre œil trouve en elle une satisfaction réelle. Lorsque les deux couleurs-mères se font exactement équilibre dans le mélange, de sorte qu’aucune ne ressorte sur un élément simple. On ne veut pas aller au-delà, et on ne peut pas aller au-delà. C’est pourquoi la couleur verte est la plupart du temps choisie pour tapisser les pièces où l’on se tient d’ordinaire. »

 

Wolfgang GOETHE, Campagne in Frankreich, 30 août 1792 : « Après ces préparatifs concernant l’utilité du futur et la commodité du présent, je jetai un regard autour de moi sur le pré de notre campement, dont les tentes s’échelonnaient jusqu’aux collines. Sur le vaste tapis vert, un spectacle étrange attira mon attention : quelques soldats, disposés en cercle, s’intéressaient à quelque chose qui se trouvait au milieu d’eux. En les examinant de plus près, je vis qu’ils étaient accroupis autour d’une fosse en entonnoir, pleine de l’eau de source la plus pure et dont l’ouverture pouvait avoir dans les trente pieds de diamètre. Il s’y trouvait d’innombrables petits poissons, que les soldats pêchaient à l’hameçon, ayant emporté à cette fin dans leurs bagages le matériel nécessaire. L’eau était la plus limpide du monde et le spectacle de cette pêche assez divertissant. En observant ce jeu, je ne tardai pas à m’apercevoir qu’en bougeant les petits poissons reflétaient des couleurs diverses. Je crus d’abord que ce phénomène était dû aux couleurs changeantes de ces petits corps, mais une explication plus satisfaisante se révéla vite à mon esprit. Dans la fosse était tombé un tesson de faïence qui, du fond me montrait les plus belles couleurs du prisme. Plus claire que le fond, se détachant de celui-ci, il présentait, du côté opposé à moi, les couleurs bleu clair et violet et au contraire de mon côté le rouge et le jaune. Lorsque je fis ensuite le tour de la source, je constatai que le phénomène me suivait et que les couleurs apparaissaient toujours les mêmes à mon regard, comme il est naturel dans une expérience subjective de ce genre.

Ce fut pour moi, qui me passionnais pour ces questions, une grande joie de voir ici reproduit, en plein air, sous une forme aussi simple et naturelle, un phénomène pour lequel, depuis déjà cent ans, les professeurs de physique ont coutume de s’enfermer dans une pièce obscure avec leurs élèves. Je me procurai un autre morceau de faïence, que je jetai dans la fosse, et je pus observer parfaitement que le phénomène se manifestait dès que le tesson descendait sous la surface de l’eau, et qu’il devenait plus apparent au fur et à mesure que le morceau s’enfonçait et que, devenu un petit corps blanc, saturé de couleur, il arrivait au fond sous l’aspect d’une petite flamme. Je me souviens alors qu’Agricola avait déjà réfléchi sur ce fait et l’avait classé parmi les phénomènes ignés. »