Galileo GALILEI, Il saggiatore , éd. Ferdinando Flora, Turin, 1977: « Aussi puis-je affirmer que, à peine je perçois une matière ou une substance, je me sens nécessairement poussé à concevoir en même temps qu’elle est un tout, revêtant une certaine figure, qu’elle est grande ou petite par rapport aux autres, qu’elle se situe dans tel ou tel lieu, dans telle ou telle époque, qu’elle bouge ou reste stable, qu’elle touche ou non un autre corps, qu’elle est à un exemplaire, en petit nombre ou en grand nombre, et aucune fantaisie ne peut la soustraire à ces conditions ; mais qu’elle doive être blanche ou rouge, amère ou sucrée, sonore ou muette, d’une odeur agréable ou désagréable, je ne me sens pas vraiment obligé de l’appréhender accompagnée de ces qualités : et même, si les sens ne nous aidaient, le discours ou l’imagination seule n’y parviendraient peut-être pas. Aussi suis-je d’avis que ces saveurs, odeurs, couleurs, etc., pour la part subjective en quoi elles consistent, ne sont que de purs noms et ne résident que dans le corps sensitif, si bien que, l’animal une fois supprimé, toutes ces qualités sont annihilées. Cependant, comme nous leur avons donné des noms particuliers et différents de ceux des accidents réels, nous inclinons à croire qu’elles sont véritablement différentes de ceux-là. »